Naître à la création
Depuis l’enfance, j’ai été attiré par le dessin. Très tôt, le besoin de créer s’est imposé, sans que je sache vraiment pourquoi. C’était là, simplement.
Puis la vie a pris le dessus.
Les chemins de la vie
Comme beaucoup, j’ai suivi d’autres routes. J’ai travaillé, entrepris, construit.
La création est restée en moi, silencieuse mais présente.
Pendant des années, je n’ai pas peint. Mais je n’ai jamais cessé de regarder.
Le retour
Vers l’âge de 50 ans, quelque chose s’est réouvert. Sans calcul, sans projet, j’ai repris les pinceaux.
Ce n’était pas un loisir. C’était un retour.
J’ai peint librement, intensément, sans chercher à plaire. Plus de 250 œuvres sont nées ainsi.
Certaines œuvres prennent une place particulière.
Je pense à Les deux barques. Lors d’une exposition, cette toile a suscité une émotion inattendue. Des personnes sont restées devant, silencieuses, touchées.
À ce moment-là, j’ai compris que l’œuvre ne m’appartenait plus totalement. Ce que l’on dépose en peignant peut trouver un écho chez l’autre.
Voyager, voir, ressentir
Mes peintures figuratives sont souvent nées de mes voyages.
La beauté des paysages, des visages, des instants saisis ailleurs m’a profondément marqué. J’ai cherché à retranscrire ce qui m’avait touché, sans copier, mais en gardant l’émotion.
Lors d’un voyage au Vietnam, face à la baie d’Along, je ne pouvais pas me contenter de reproduire.
Alors j’ai cherché autrement.
J’ai sculpté le relief en polystyrène. La matière est venue compléter la vision.
De cette recherche sont nées plusieurs œuvres, entre peinture et sculpture.
La matière et la forme
Très vite, la peinture ne m’a plus suffi.
Le besoin de toucher la matière m’a conduit vers la sculpture. Le bois s’est imposé.
Chaque pièce porte en elle une histoire.
Je me souviens d’un morceau de buis, vieux de plus de cent ans. Je n’ai pas voulu le transformer complètement.
Alors j’ai sculpté un doigt. Un geste simple, presque évident.
Comme si la forme était déjà là.
Sculpter, c’est écouter.
Moments de bascule
Certaines œuvres sont liées à des moments forts.
Je pense à Crépuscule du 11 septembre. J’avais commencé ce tableau quelques jours avant.
Le ciel était alors bleu-gris.
Puis il y a eu le 11 septembre. Les deux tours détruites, les images, la violence du monde.
Je n’ai pas pu continuer de la même manière.
Le ciel est devenu rouge. Pas par choix esthétique, mais comme une nécessité.
L’œuvre a changé avec ce que je ressentais.
Plus tard, une question est revenue autrement.
Que ferais-je si j’étais confronté à la guerre, à la misère, aux persécutions ?
Cette fois, ce n’était plus lié à un événement précis. C’était plus intérieur.
Alors j’ai pris une toile. Et j’ai peint Partir.
Rien à voir avec New York. Mais une réponse, à ma manière.
Créer, simplement
Je ne cherche pas à démontrer.
Je cherche à faire apparaître.
Un geste. Une présence. Une émotion.
Entre figuration et abstraction, chaque œuvre trouve son propre équilibre.
Une pause, puis…
En 2010, j’ai arrêté.
Sans rupture. Simplement un silence.
Mais la création ne disparaît jamais vraiment.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, je regarde ce chemin avec simplicité.
Chaque œuvre est une trace. Un moment de vie. Une question posée.
Certaines viennent du regard. D’autres de l’émotion. D’autres encore d’un souvenir de voyage.
Si certaines d’entre elles vous touchent, alors le lien existe.
Et c’est peut-être cela, le plus important.